Lord Rectangle - Lord Rectangle (Kythibong)

Écoute intégrale de Lord Rectangle, parce qu'il est bien rare de tomber sur un disque authentiquement original. Une explosion soul/funk chamarrée qui refuse le traditionnel formatage passéiste. Enregistré dans les conditions live, ces 5 titres chauds bouillants sont livrés en pâture à un public dont les manifestations de plaisir sont orchestrées par un chanteur qui semble exsuder de tous ses pores.

Charles X accompagné par Minimal Bougé nous transporte en effet dans une ambiance digne de la pochette du I Want You de Marvin Gaye, grâce à un barnum bringuebalant qui fait la part belle aux Caraïbes et à ses steel drums en version frénésie. Chaud cacao mais pas couillon : on fera difficilement plus généreux cette année.



Publié par BionicVapourBoy, le 30/01/2016

Communist Daughter - "Hold Back" (Communist Daughter)

Un groupe dont on ne connaissait rien, un morceau tombé du ciel via Consequence of Sound en fin de soirée. Le train-train. Communist Daughter donc, qui tient son nom - on l'imagine - du morceau éponyme de Neutral Milk Hotel.

"Hold Back" est un pure réussite dans sa manière de combiner la délicatesse d'un timbre aux inflexions de King Creosote avec les guitares rythmiques de Grandaddy. Évocation troublante du combat de l'existence, notre morceau du jour possède même un peu de génie quand la rupture gospel s'accorde à la voix dans un final symbiotique. Merveille.

Communist Daughter, The Cracks That built the wall sort le 21/10/2016



Publié par BionicVapourBoy, le 28/09/2016

Gold Class - "Kids On Fire" (Gold Class)

Post-punk alerte ! Une de plus, pourrait-on penser, dans un genre aussi enclin à la parodie involontaire. Gold Class s'en tire pourtant avec les honneurs à coup de pulsion épileptique et de composition classieuse. Soit le point d'équilibre parfait entre rage inassouvie et ampleur meanstream (juste ce qu'il faut, hein). Certains appellent ça un tube, on confirme.


 



Publié par BionicVapourBoy, le 26/09/2016

Frichti n°10

Sublime de frichti, le retour. Focus dominical entièrement dédié au label Wild Silence avec écoute intégrale de trois albums. A l'heure où le bioacousticien Gordon Hempton annonce la disparition probable du silence dans les dix prochaines années, ce micro-label (copies diffusées à moins de 100 exemplaires en CD-R) privilégie une musique des interstices qui redonne tout son sens à l'écoute. Fondé en 2012 par Delphine Dora pour éditer ses propres compositions, Wild Silence s'est ouvert à d'autres artistes au gré des rencontres et des envies. Présentation en trois œuvres.

Susan Matthews & Rainier Lericolais - Before I was invisible (Wild Silence, 2015)
Troisième collaboration pour Susan Matthews & Rainier Lericolais qui débutent Before I was invisible en jouant sur la frontière de l'audible. Difficile de ne pas être subjugué par la mise en place étirée de "The Healer's Art", jusqu'à l'apparition du piano, deux notes immuables, tintinnabulantes et pures  en surimpression d'une trame faite de brouillages imperceptibles, de drones diffus et de divers incursions instrumentales et numériques.  Comme une liturgie arvopartienne imperceptiblement parasitée par une musique de l'effacement, "The Healer's Art" dégage au final une ahurissante impression d'harmonie. Difficile dès lors pour les deux morceaux qui suivent d'atteindre les hauteurs proposées par ces 25' d'état de grâce, mais peu importe, "The Healer's Art" qui justifie à lui seul l'achat de l'album, peut s'écouter à perpétuité.



Richard Moult - Aonaran (Wild Silence, 2013)
Avant chroniquette, la déontologie m'oblige à vous recommander le blog Inactuelles dédié aux "musiques autres", grâce auquel je découvre Richard Moult et m'attarde aujourd'hui sur Wild Silence. Aonaran donc, c'est-à-dire solitaire en gaélique écossais est une superbe découverte. La création d'un artiste pluridisciplinaire - compositeur, poète et peintre - retiré du fracas du monde  pour trouver son inspiration dans les paysages de l’Écosse. Dès lors, quoi de plus naturel que de commencer par le silence pour installer une œuvre d'envergure qui possède même des résonances cosmologique sur l'impressionnant "Rionnag Mór". A la manière de Leafcutter John sur The Forest and the Tree, Richard Moult alterne complaintes folk, compositions impressionnistes et textures électroniques pour une évocation vibrante de la nature. Sans jamais sombrer dans le bucolique, la musique à la fois tenue et libre de Richard Moult permet à l'auditeur, au delà de l'immersion paysagère, d'accéder à une conscience de l'ordre dissimulé derrière la complexité des éléments. Très impressionnant.




Krotz Strüder -15 Dickinson songs (Wild Silence, 2016)
Écoute de 15 Dickinson songs, fraîchement sorti sur Wild Silence. Nouveau paysage sonore, de facture plus classique, celle d'un folk hors-mode, c'est-à-dire hors du temps. En complément de son travail d'écrivain sous le nom de Julien Grandjean, Krotz Strüder publie depuis longtemps et dans la plus grande discrétion une musique imprégnée de poésie (Henri Michaux sur Dedalus Geist, Fernando Pessoa sur Antinoüs). Sur ce nouvel album, il adapte la poésie d'Emily Dickinson, une manière pour ce lecteur de "lire, d'éprouver - de rendre grâce" (Chro, mars 2009), comme un don redoutable qu'il s'agirait de surmonter. L'épreuve des mots et de la vie se transforme dans 15 Dickinson songs en épure mélancolique. Une apparente simplicité  qui doit autant à la musique du feu de camp qu'à Durutti Column, différentes nuances de guitares et de silence entre lesquels résonnent le chant fuligineux de Krotz Strüder pour créer un superbe tourment apaisé.



Publié par BionicVapourBoy, le 25/09/2016

Fresh Snow - "Three - Way Mirror" (Hand Drawn Dracula)

Un peu de gavage name-dropping pour commencer : curaté par les noise-rockers de Metz avec lesquels ils partagent la ville de Toronto, Andy Lloyd de Born Ruffians à la basse, Graham Walsh (Holy Fuck) à la production, une playlist des enfers qui va de Olivia Tremor Control à Oren Ambarchi en passant par Laura Spiegel pour présenter les artistes qu'ils admirent sur Unsung Days. Fresh Snow est rutilant sur le papier, mais ce ne serait rien sans des morceaux de la trempe de "Three - Way Mirror". Comme un étrange écho au sublime "Sabali" d'Amadou & Mariam option Stereolab, Fresh Snow rejoue en version motorik l'élévation par l'amour et autres drogues. "Je suis la mélodie" répète la chanteuse Mila Petkovic après avoir pris "rendez-vous avec [son] homme dans la cinquième dimension" : difficile de ne pas être transporté par cette confidence en boucle électronique vers un ailleurs où fusionnent les êtres par le corps et l'esprit. Magnifique esthésie mélodique dont on ne se remet pas.

One, le deuxième album de Fresh Snow vient de sortir sur le label Hand Drawn Dracula



Publié par BionicVapourBoy, le 24/09/2013

Dirty Projectors - "Keep Your Name" (Domino)

Nouveau single de Dirty Projectors avec un extraordinaire "Keep Your Name" qui cultive l'art du pas de côté. Après quatorze années d'existence, on s'attendrait à ce que le projet de Dave Longstreth rentre dans le rang, mais il n'en est rien. Ce nouveau morceau continue de mettre la misère au format pop : crooning déviant avec l'impression d'écouter un 45t joué en 33, chant éploré contrebalancé par des samples gonflés à l'accélérateur transgénique. La musique comme il n'en existe nulle part ailleurs.


Publié par BionicVapourBoy, le 23/09/2016

VedeTT - "Et tu danses avec lui" (C. Jérôme) (Casbah)

C'était Jérôme s'est éteint en 2000, mais son œuvre continue d'inspirer la jeune garde. "Et tu danses avec lui", composée par le sémillant Didier Barbelivien se voit reprise par VedeTT, plus habitué à Tuer les gens sur un premier album new-wave tendance cold. Ce tube bien de chez nous se transforme par la grâce d'un existentialisme cabossé en slow du bout de la nuit joué par le fantôme d'un baluche qui jette ses dernières forces dans la bataille.

Cette reprise et d'autres sur la compilation RAMDAM#5 de Casbah Records.



Publié par BionicVapourBoy, le 22/09/2016

Sam Fleisch - Nunna Daul Isunyi (Teenage Menopause)

Nunna Daul Isunyi soit "la piste des larmes" en langue cherokee. Encore une bonne raison d'être heureux d'être triste. C'est aussi le premier disque de Sam Fleisch derrière lequel se cache le guitariste bordelais Sylvain Kalb vu/entendu/apprécié avec Crane Angels. Dans un registre vocal proche de Jordan Geiger (Minus Story / Hospital Ships), le filet de voix tout en nuances de Sylvain Kalb investi folk, lo-fi et psychédélisme pour créer un tourment virginal qu'on aurait tort de refuser. A ce titre, le très slowcore "Neon Hearted City" qui joue du contraste entre retrait intimiste et déchaînement des émotions est un vrai déchirement, sa mère. Quelques morceaux en écoute sur le bandcamp de Teenage Menopause Records avant d'acheter l'album qui sortira le 30 septembre.



Publié par BionicVapourBoy, le 21/09/2016

The Pirouettes - Carrément Carrément (Kidderminster)

Toujours se méfier des premières impressions, celles laissées par les débuts de The Pirouettes avait de quoi troubler l'incrédule. Un mélange d'attirance/répulsion à l'écoute de ces chroniques candides sur les mini-soucis et les grandes joies d'un couple de jouvenceaux parisiens.

Quelques grands singles plus tard - "Dernier métro", "Un mec en or", "Je nous vois" - au son des mélodies synthétiques en forme d'attrape-coeurs, Léo Bear Creek et Vickie Chérie ont eu raison de nos réticences. Comme si l'on avait découvert circonspect un langue inconnue pour mieux tomber amoureux en la pratiquant.  Il faut dire que The Pirouettes rénovent d'une manière bien singulière le thème le plus usé de la pop music. Loin d'être sublimé à coup de métaphores maniérées, l'amour est traité - grâce au jeu décalé sur les registres de langue - comme une affaire du quotidien. Il apparaît pourtant dans sa forme la plus pure : celle qui appartient à deux jeunes gens capables d'exprimer les belles choses simplement.

Si The Pirouettes pourraient aujourd'hui multiplier les love hand sans paraître ridicules, c'est parce que toutes ces émotions sont portées par des comptines électroniques remarquablement limpides. Aussi Carrément Carrément enchaine les morceaux forts en thème pour créer un décalage alchimique entre mélodies géniales et voix intimidées. A ce titre "2016 (en ce temps-là)" illustre l'art merveilleux de The Pirouettes. Écrite comme si nous étions quelques années plus tard, elle raconte la naissance de l’amour dans un Paris devenu ilot idéalisé qui ferait abstraction de l’horreur qui nous entoure. Une sorte de nostalgie du temps présent dans lequel les sentiments et la musique représentent le dernier refuge. Et par les temps qui courent, cette capacité à ne vouloir vivre que le meilleur est franchement bouleversante.

Cette chronique fait volontairement l'impasse sur l'histoire d'amour entre Léo & Vickie, la comparaison avec Elli & Jacno, l'influence de Michel Berger & France Gall et celle du hip-hop hexagonal. Les Inrocks sont déjà passés par là.

 

Publié par BionicVapourBoy, le 17/09/2016

Fog - For Good (Totally Gross National)

Projet marquant d'Andrew Broder, avec plusieurs albums sur Ninja Tune et Lex Records qui ont permis d'élargir les frontières du folktronica dans les 00's, la musique de Fog est restée confidentielle. Pourtant cet univers hybride, pour faire court un croisement schizophrénique entre la folk post-Neil Young et le hip-hop avait largement de quoi susciter l'intérêt. Après neuf années d'absence et d'oubli, Fog est de retour avec For Good sur Totally Gross National, l'occasion de rattraper le temps perdu. Toujours aussi inclassable, l'album réinvesti dans un syncrétisme ahurissant de nombreux genres musicaux,  il faudra plusieurs écoutes à l'auditeur pour s'approprier ce monde particulièrement séduisant dans sa manière d'associer, comme une réincarnation du Paul Williams de Fantôme de l’Opéra, ambition démiurgique et fragilité à hauteur d'homme. Il suffira pour se laisser convaincre d'écouter le formidable "Kid Kuma" - Jim O'Rourke rencontre Prince d'après Stereogum - pour s'abandonner ensuite à ce formidable album.



Publié par BionicVapourBoy, le 26/06/2016